Et si on explorait ensemble les méthodes pour créer et animer des communautés ?

C’est fou ce que les communautés m’ont apporté ces dernières années, sur le plan personnel et professionnel.

Pour vous donner quelques exemples (et la liste loin d’être exhaustive), qui m’ont marqué en regardant en arrière :

  • Étudiant, j’ai passé pas mal de temps dans celle d’un jeu en ligne, Kraland Interactif. Résultats : des rencontres improbables à travers la France, des amitiés solides qui durent depuis dix ans, et plein d’excellents souvenirs.
  • Lorsque j’ai débuté ma vie professionnelle, les communautés ont été pour moi un terrain d’expérimentations et de découvertes en parallèle de mon travail. S’inspirer dans les fab labs, débuter la facilitation avec Museomix, participer à de gros projets tels Paris Est Ludique, contribuer à l’entrepreneuriat social avec Makesense. Tout ça m’a aidé à tester, apprendre, rencontrer, me sentir utile. Et sans doute à me lancer en freelance.
  • Et depuis que je suis indépendant, celles-ci sont une des clefs pour réussir ma transition professionnelle, que ce soit chez Switch, Surf en Freelance, ou au Cercle des Créateurs, des Communautés qui m’apportent beaucoup dans la construction de cette nouvelle vie et activité.

« La communauté, c’est ce que nous faisons ensemble, ce n’est pas juste un contenant »

David Brain

Bref, je crois que j’aime profondément les communautés, pour le sens et la richesse qu’elle nous donne !

Quand j’ai réalisé cela il y a quelques mois, j’ai décidé d’en savoir plus sur les postures de ceux qui créent et animent des communautés, pour un impact positif sur les individus et le monde.

Vous en avez peut-être entendu plusieurs : Community management, Community building, Facilitation de Communauté, Community Organizing

Les mots et les pratiques sont nombreuses, et j’ai hâte de vous raconter cette exploration.

  • Tout d’abord, en passant par préciser, ce que je désigne par communauté.
  • Ensuite, en vous expliquant simplement ces postures et ce qui les distingue les unes des autres.
  • Enfin, nous verrons ce que nous pouvons en apprendre, pour créer et animer des communautés.

Mais au fait, c’est quoi une « Communauté » ?

Si on prend Wikipédia :

« Groupe social dont les membres vivent ensemble, ou ont des biens, des intérêts communs. »

Une communauté ce n’est pas une structure juridique, par contre, elle est souvent constituée autour de l’un (ou plusieurs) des points suivants :

  • Une vision du monde partagée (une religion, une philosophie…)
  • Une caractéristique commune (Une ethnie, un métier.)
  • Un intérêt commun (une passion, une cause.)
  • Un espace commun (Un quartier, un lieu…)

Pour la taille, c’est assez variable, mais la communauté à cette caractéristique de rassembler des individus nombreux, mais en gardant un sentiment de connexion mutuelle.

Panorama des postures d’animation de communautés :

⚠️ Préambule : J’ai construit ce panel de postures, au fur et à mesure des lectures, réflexions et discussions des dernières semaines. Au sein même de ces « méthodologies », les visions de la création de communautés peuvent être différentes. J’ai donc fait au mieux pour donner un aperçu et montrer en quoi chaque posture m’intéresse, quels sont les fils conducteurs que j’ai perçus, mais cette réflexion continuera d’évoluer au fil des prochains mois. Je compte d’ailleurs sur vos remarques et vos réactions pour m’aider à approfondir cet article. N’hésitez pas à réagir, votre avis m’intéresse ! »

Le Community Management :

Je ne pouvais pas commencer ce panorama, sans parler d’un des premiers métiers auquel on pense, quand on parle de communauté dans le monde de l’entreprise.

  • Son origine : Le Community management est né du passage au Web 2.0 (Web participatif) et aux réseaux sociaux.
  • Sa raison d’être : Renforcer l’image d’une marque, d’un produit, d’une personne. Son objectif, fidéliser et maintenir une bonne image de la marque.
  • Ses méthodes : Il va favoriser l’échange entre les utilisateurs de la marque. Il va aider la communauté, par divers outils, challenge, contenus, à communiquer sur leur expérience et attrait pour la marque. Il va également orchestrer la publication des contenus, et modérer la communauté.
  • Pour en savoir plus : cet article sur le métier de Community Manager par Aurore Husson.

Je pense cependant qu’il ne faut pas réduire le community management à une animation d’audience, car il évolue, s’appuyant de plus en plus sur les différentes autres pratiques et postures.

Le Community Building :

Quand j’ai commencé à explorer les postures, le « community building » revient souvent dans la discussion. A vrai dire, c’est une des postures que j’ai eu le plus de mal à synthétiser, car elle a l’air de regrouper des pratiques assez diverses.

  • Son origine : Le point commun que j’ai pu trouver dans ceux qui parlent de Community Building, c’est le constat que le manque de « communautés » provoque de la « désintégration sociale », et qu’il faut recréer du lien et du sens.
  • Sa raison d’être : Le Community Building s’appuie sur la conviction que construire des communautés permet d’agir et de faire émerger des actions, pour un impact positif sur le monde.
  • Ses méthodes : Le Community Building favorise les relations interpersonnelles et les petits groupes au sein d’une communauté. Il s’appuie également beaucoup sur le cadre, les rituels, et sur sa capacité à fédérer autour d’un sens dans l’action.
  • Pour en savoir plus : ce que fait Makesense et pour les anglophones, le podcast Masters of Community par David Spinks

La Facilitation de Communauté :

Une autre pratique que j’ai redécouverte, car finalement je l’ai vu à l’œuvre assez souvent dans les écosystèmes ou j’ai pu contribuer.

  • Son origine : Le milieu des communautés contributives (Tiers lieux, fablabs, communs…), qu’on peut aussi appeler « communautés en réseau »
  • Sa raison d’être : Le constat qu’on peut réaliser de grands projets avec une multitude petites contributions. (Regardez wikipedia) La facilitation de communauté vise à structurer, documenter, pour permettre au projets d’avancer et de se lier, malgré l’aspect disparate des contributions, dans l’intensité et la durée des investissements de temps de chacun.
  • Ses méthodes : La posture s’appuie sur des facilitateurs de communautés, ni leader ni manager, qui sont là pour relancer les porteurs de projets, faire le lien entre les différents projets, inciter projets à afficher leurs besoins et leurs avancées.
  • Pour en savoir plus : Le blog de Jean Michel Cornu
  • Quelques exemples de communautés contributives  : Faire Ecole Ensemble , Movilab

Le Community Organizing :

Une des pratiques que j’ai découvert le plus récemment, et qui m’a passionné, par les échanges que j’ai pu avoir, son positionnement fort, et son ancrage humain.

  • Son origine : Les travaux de Saul Alinsky, un travailleur social, dans les années 30 dans les quartiers populaires de Chicago. Se basant sur les constats de son enquête sociologique, et puisant dans les méthodologies de l’action syndicale, il réussit à convaincre les associations et habitants de rejoindre « une coalition citoyenne »
  • Sa raison d’être : Le Community Organizing, vise à faire se rassembler et participer les citoyens pour « construire du pouvoir collectif, durable et responsable ». Deux principes fondateurs derrière l’approche : créer des rapports de force pour obtenir plus de justice, et partir de l’humain avant le « programme ».
  • Ses méthodes : Le Community organizer appuie sa démarche sur des entretiens méthodiques avec des membres de sa communauté, la pratique de l’éducation populaire, de la compétence « stratégique » pour aider avoir de l’impact.
  • Pour en savoir plus : le site et le Mooc d’Organisez-vous

Et je suis sûr qu’il existe encore d’autres postures qui mériteraient d’être ajoutées à cet article.

Qu’est ce que nous en retirons, nous qui créons des communautés :

« Si le seul outil que vous avez est un marteau, vous tendez à voir tout problème comme un clou »

A.Maslow

Cette diversité d’approches permet d’agir de façon assez différente à travers le prisme des communautés. Le fait de pouvoir s’appuyer sur les réflexions et l’expérience de ces différentes postures, c’est une véritable richesse.

Des points qui reviennent, le sentiment d’appartenance et la confiance.

Toutes ces communautés ont au moins deux points communs majeurs : un sentiment d’appartenance, pour que chaque membre se sente comme faisant partie d’un tout, et la confiance, qui se crée, s’entretient et lie les membres. Cette confiance et cette appartenance, elle se construit, dans la façon de se réunir, dans les règles qu’on se créer, dans les valeurs qu’on partage.

Créer des communautés avec intention, et donner une place au « leadership »

Parfois les communautés se créent d’elles-mêmes. Mais souvent il faut les impulser. Et quand vous les impulsez, il faut savoir pourquoi vous voulez créer une communauté. S’il y a bien une chose que les méthodes ne vous donneront pas, c’est l’intention. On parle parfois de « sentiment d’urgence ». Il faut que vos membres aient une bonne raison d’être ici et maintenant plutôt qu’ailleurs, ce ne sont pas les distractions qui manquent.

Dans certains cas, c’est le créateur qui va prendre le « leadership », dans d’autres, tel que dans le community organizing, il faudra détecter les leaders, et les aider à se développer. Mais dans tous les cas, la question du leadership est cruciale, pour pouvoir donner des directions à la communauté.

Ce que l’on fait avec nos communautés, et comment on le fait :

Pour une communauté, le comment est important. Ces différentes postures ouvrent beaucoup de questions, qu’est-ce que vous voulez, dans vos communautés ?

  • Une communauté « Top Down », très contrôlée, maîtrisée ?
  • Une communauté participative, mais qui converge vers un objectif ?
  • Une communauté émergente, ou chaque jour contient son lot de surprise ?
  • Ou encore tout à fait autre chose.

Il n’y a pas de bonnes réponses. Selon l’intention, le contexte, le sujet, et les capacités et ressources dont vous disposez, les options sont très différentes. Mais si vous sentez que vous vous approchez d’une différente posture ci-dessus, autant approfondir vos connaissances sur les méthodes qu’elle propose.

On peut s’inspirer de toutes les manières de faire. En ligne ou en offline. Il y a dans toutes ces pratiques différentes manières de gérer l’embarquement, la régulation, l’incitation à participer, la façon de s’organiser.

De mon côté, je suis persuadé d’une chose :

La synergie entre jeu, facilitation et création de communautés.

Les communautés partagent beaucoup avec le jeu et l’intelligence collective, parce qu’elles ont besoin d’un cadre pour favoriser l’émergence, tout comme les règles font émerger le moment de jeu.

Et c’est pour cela que je veux continuer à mettre le jeu et l’intelligence collective au service des communautés, aussi bien dans mon activité, ma newsletter, et ce blog.


Merci d’avoir lu jusqu’ici, pour conclure cette lecture, je vous propose cette citation sur le jeu, qui à mon avis s’applique également bien à la création de communautés.

Essayer de créer une expérience de jeu « émergente » […] est souvent comparé à cultiver un jardin, puisque ce qui émerge possède une vie propre, tout en demeurant fragile et facile à détruire.

Jess Schell , Game Designer

5 commentaires sur “Et si on explorait ensemble les méthodes pour créer et animer des communautés ?”

  1. Wouaw ! Merci pour cet article qui aide à structurer ma vision, ma compréhension de la communauté. J’ai hâte d’aller plus loin sur l’implication du jeu pouvant être un élément intrinsèque de la vie d’une communauté.

  2. Merci d’avoir partagé ces recherches avec nous. Depuis 1 an je cherchais ce type d’article assez éclairé. Tellement le terme community Building est surutilisé. Je pense que la meilleure façon d’approfondir son expertise est de se positionner justement comme toi. C’est maintenant le choix de la technologie qui semble au cœur des discussions: entre les plateformes GAFA et celles qui sont autonomes. Quant à moi je marrie les communautés avec le leadership. J’ai maintenant l’impression d’être en même temps dans deux tendances: le Community building et le facilitateur de communauté.

    Asulvre…

    1. Merci, j’observe avec intérêt ce qui se joue avec les plateformes privées type Circle / Mighty Networks (le retour des forums?) / les rachats d’outils comme Slack….et les outils qu’on va nous proposer.

  3. Merci Michael, ton article est si plaisant à lire et si bien construit. J’aime beaucoup les paramètres que tu as choisi pour définir les 4 types d’animation de communauté que tu nous présentes.
    La raison d’être, l’intention est le point de départ principal qui rassemble, qui fédère autour de valeurs et de règles et d’où découle l’appartenance et la confiance.
    Merci,
    Céline

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