Jouer localement pour changer le monde

Locally played : des jeux pour renforcer lieux et communautés

Ce livre, en anglais, s’appelle « Locally played », c’est un ouvrage de Benjamin Stokes, et c’est publié par le « MIT press ».

Un passionnant ouvrage, qui traite de « comment des jeux locaux peuvent renforcer les lieux et communautés locales. »

Qui est l’auteur ?

Benjamin Stokes est un universitaire américain, cofondateur de Games For Change. Ses terrains de recherches sont autour des médias civiques, de l’engagement des communautés, et du renforcement des communautés locales. Il dirige le « Playful City Lab », lab d’expérimentation sur l’usage du jeu pour le futur des villes.

C’est quoi un « jeu local » ?

Le livre définit ces jeux de la manière suivante :

« Un système ludique/gamifié – littéralement “game-based systems” – qui implique des actions dans le monde réel utilisé pour renforcer une communauté locale »

Pour vous donner un exemple, Macon Money, un jeu sur le territoire de Macon (USA), qui est venu proposer une manière de faire se rencontrer des habitants du même quartier via un système de « demi-billets » à réunir, puis à dépenser dans les commerces locaux.

Revenons sur ces 3 caractéristiques de la définition :

  • Système ludique : Le dispositif doit avoir réellement été pensé en tant que jeu, avec des choix, de l’émergence, et surtout du fun.
  • Actions dans le monde réel : Le but est d’avoir de l’impact local et concret quand on joue, pas de s’entrainer à agir à la manière d’un jeu « pédagogique ».
  • Renforcer une communauté locale : ces jeux sont là pour augmenter caractéristiques suivantes : les réseaux humains, l’identité et le sentiment d’appartenance, les organisations locales, la circulation d’informations.

Un jeu local, c’est un jeu qui va souvent au-delà du jeu :

Pour son concepteur, il faut penser le jeu, mais aussi comment il va être joué et la culture autour.

L’auteur s’appuie ici sur un modèle de Katie Salen & Eric Zimmerman. dans « Rules of Play »

  • Rules : ce que décrivent les règles du jeu.
  • Play : ce que font les joueurs.
  • Culture : ce qui émerge culturellement de la pratique du jeu et le structure socialement.

La meilleure façon d’approcher le play et la culture, c’est de décrire ce qui est fait, sous forme de verbes, et surtout, ne pas se contenter de décrire « ce que sont censés faire les joueurs selon les règles ».

Par exemple pour Macon Money, il est intéressant d’observer toutes les stratégies pour retrouver le détenteur de l’autre demi-billet (recherche physique, via des amis, usages des réseaux sociaux)

Comment améliorer le design d’un jeu local sur le concept de « Local — fit » :

On pourrait traduire Local Fit par « degré d’adaptation au contexte local. »

C’est une façon de penser comment votre « jeu local » est cohérent avec :

  • L’identité de groupe
  • L’écosystème de communication
  • Les normes et interactions sociales existantes.

Le livre détaille et analyse ce « local fit », aussi bien sur des jeux indépendants et expérimentaux, que sur des adaptations locales de jeux « globaux » tels Pokemon Go.

À chaque fois, ce que je retiens, c’est la nécessité de travailler conjointement entre Game Designer (concepteurs de jeux) et acteurs locaux (associatifs, politiques, communautés)

Quelques exemples concrets de façon d’améliorer ce « local fit » :

  • Pour l’identité de groupe, travailler l’adéquation avec la culture et l’histoire locale, en associant les habitants et associations du quartier dans la conception de la narration et des éléments de jeux. Et mettre en valeur des fiertés de la culture locale. (par exemple, le Street Art)
  • Pour l’écosystème de communication, l’idée est de s’appuyer sur les canaux locaux et plateformes déjà utilisées pour communiquer et échanger par les citoyens. Les groupes locaux existants sont les meilleurs relais pour mobiliser et diffuser localement.
  • Pour les normes et interactions sociales, une piste est de chercher l’alignement entre les actions demandées par le jeu, et les interactions classiques « locales », c’est-à-dire la façon dont les gens se rencontre, se saluent et échangent dans les espaces concernés par le jeu.

Je vous partage quelques pépites supplémentaires, glanées au fil des pages :

  • L’idée de changer la manière de voir ces jeux pour les décideurs. Les défendre comme des outils pour développer des liens, et avoir un impact social et économique, plutôt que les voir comme des « opérations de divertissements ». Ce qui change les budgets qu’on peut y consacrer et leur importance dans la stratégie de développement.
  • Pleins d’exemples creusés et différents. Un de mes préférés est probablement « Reality Ends here » un jeu pour une école autour de l’univers du cinéma.
  • Des usages malins de la circulation dans l’espace pour créer du jeu : la notion de circulation « playful », tels que dans l’exemple de Sankofa Says

Et je vous livre aussi des réflexions sur mes pratiques issues de la lecture :

  • Les systèmes ludiques proposés dans le livre sont souvent de l’ordre du « playful design», qu’on pourrait traduire par « créer des terrains de jeux et d’émergence ». C’est une pratique du design, qui laisse beaucoup de place au « jeu libre », et c’est hyper intéressant en parallèle avec d’autres pratiques telles que la facilitation.
  • L’ouvrage propose une prise de recul sur ce que l’on conçoit en gamification. Il faut penser le jeu, mais tout le jeu autour du jeu qui va avec. Cette notion de « Local Fit » me parait également cruciale dans toutes nos actions « ludiques » sur des territoires ou des lieux, dans le domaine de l’Économie sociale et solidaire par exemple.
  • Et surtout, je garde la conviction, que le jeu à impact peut prendre de multiples formes, et les « jeux locaux » en sont une trop peu explorée.

Et après ?

Et oui, maintenant que ce livre est fini de mon côté, la réflexion est ouverte avec vous : 

  • Quels jeux locaux vous connaissez autour de vous ?
  • Quels terrains de jeux en France pour ces jeux locaux, où, avec qui ?
  • Quels sont les sujets de société qui nécessiteraient qu’on y mette du « jeu local » ?

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